Un peu de « Commerce-fiction » … ou pas !

Nous sommes dans le salon privé d’un grand restaurant parisien. Autour de la table sont assis les présidentes et présidents directeurs généraux (français) des 7 plus grands groupes industriels travaillant essentiellement avec les GSA en France.

Alors que des rafraichissements arrivent, l’un d’entre eux prend la parole ;

  • Merci d’avoir répondu à mon invitation. Notre temps est précieux, je vais donc aller droit au but. Nous en avons assez de payer chaque année des sommes colossales, simplement pour avoir le droit de figurer dans les linéaires des grandes surfaces !
  • Nous sommes bien d’accord, intervient un autre convive, mais s’il y avait une solution, ça se saurait. Qui peut se permettre de perdre 15 à 20% de son activité en refusant de payer pour telle ou telle enseigne ? Nos patrons et nos actionnaires ne le permettent pas !
  • Je pense qu’il y en a une, reprend le premier, qui prendra d’évidence du temps, mais qui peut progressivement nous donner de l’air.
  • Vous n’imaginez-pas une « entente » entre nous, déclare une autre invitée, le gouvernement va nous « tomber dessus » sans pitié, même à l’approche des échéances électorales !
  • Il ne s’agit pas d’entente, reprend le premier, car nous devons rester concurrents sur les quelques catégories où nous le sommes. Il s’agit d’une « association capitalistique », pour créer un site de commerce en ligne, qui ne vendra que des grandes marques. Comme les droits d’entrée seront inexistants, nous attirerons rapidement d’autres grandes marques, si possible non concurrentes, et uniquement des grandes marques.
  • Vous savez très bien, intervient un autre convive, que les consommateurs sont encore très habitués à nous trouver dans les supermarchés. Comment peut fonctionner votre idée ?
  • Vous avez raison, reprend le premier. Ce projet ne démarrera et ne fonctionnera qu’aux conditions suivantes :
    • La première est que nos produits et tous les entrants soient proposés à un prix de vente « un peu » en dessous de ceux de « qui vous savez ». Ce qui me semble possible en l’absence de droits d’entrée. Je vous fais grâce des promotions « percutantes » que nous devrions être capables de faire.
    • La seconde est que nous investissions dans des entrepôts régionaux – investissement très en dessous du m² magasin – afin de se rapprocher de nos clients en terme logistique.
    • La troisième est que nous devons offrir aux consommateurs tous les moyens logistiques d’accéder à nos produits rapidement : drive – points relais – livraison à domicile – etc.
    • La quatrième est que nous ayons rapidement des assortiments de grandes marques crédibles sur la plupart des catégories courantes des GSA ; mais je pense que nous devrions faire des adeptes rapidement dans notre monde industriel !
    • Enfin, et grâce à la législation en matière de sociétés anonymes, personne ne doit savoir qui sont les actionnaires de ce nouveau site.
  • Et vous pensez que sera rentable dans combien de temps, reprend un invité ?
  • Je serais bien présomptueux de vous donner une date, mais vous savez comme moi que le premier site mondial de vente en ligne est en train de nous ouvrir une voie « royale » en introduisant l’alimentaire dans ses assortiments. Mais il est pour nous un autre distributeur …
  • J’ajoute, reprend le maître de cérémonie, que l’investissement de départ, selon les études de mes équipes, est (nettement) inférieur à nos versements annuels à la grande distribution. J’ai fait constituer un dossier complet à l’attention de chacun d’entre vous. Inutile de dire, pour conclure, que cette conversation n’a jamais eu lieu ! Bon appétit.

Quelques mois plus tard naquit, à grand renfort de communication, le site « Les Grandes Marques.com », qui devait progressivement bousculer les pratiques de la grande distribution …